
On sort d’une conférence, et il y a deux réactions possibles. Soit on a passé un bon moment et on l’a déjà oublié la semaine suivante. Soit quelque chose reste, change une façon de voir, se répète en réunion des semaines plus tard. Qu’est-ce qui fait une bonne conférence d’entreprise, capable de laisser une trace ?
Philippe Gabilliet, professeur émérite à l’ESCP, décrit une bonne conférence comme la rencontre de trois piliers : apprendre, divertir, inspirer. Une intervention qui n’en tient qu’un ou deux ne fonctionne qu’à moitié, aussi bon soit le conférencier.
Apprendre : repartir avec quelque chose de nouveau
Une conférence qui n’apprend rien à personne rate sa mission, même si le moment passé est agréable. Ce pilier suppose un vrai contenu : une méthode, un cadre de pensée, ou encore des mécanismes expliqués, pas seulement des formules qui sonnent bien sur le moment.
C’est précisément ce qui fait la différence entre une conférence qui reste et une conférence qui s’oublie : la capacité à transmettre quelque chose que le public ne savait pas avant d’entrer dans la salle, et qu’il peut réutiliser en sortant. Autrement dit, nourrir le cognitif.
Bref, on se dit, j’ai appris un truc (ou plusieurs, encore mieux !), et ça, c’est chouette !
Mais cela ne suffit pas.
Le piège de ce pilier seul. Une conférence qui n’apprend que ça devient un cours magistral. Le contenu peut être excellent, mais la salle risque de décrocher quand même si rien ne vient l’ancrer autrement que par la tête.
Divertir : tenir l’attention d’un bout à l’autre
Personne ne retient ce qu’il n’a pas écouté. Le divertissement, dans ce contexte, ne veut pas dire faire le pitre : il veut dire construire une expérience vivante, avec du rythme, de l’humour, du rebondissement, des surprises, des moments où la salle retient son souffle… bref des « cliff hangers » comme disait un certain Sylvester.
C’est ce qui garde l’attention assez longtemps pour que le contenu ait une chance de passer.
Le piège de ce pilier seul. Une conférence qui ne fait que divertir laisse un bon souvenir et rien d’autre. On rit, on applaudit, on est content d’avoir passé un bon moment. Mais le lundi suivant, rien n’a changé dans la façon de travailler ensemble.
Inspirer : donner envie d’agir autrement
Le troisième pilier est le plus difficile à mesurer, et souvent le plus négligé. Inspirer, ce n’est pas remonter le moral pour deux heures, c’est déclencher un déplacement réel : une envie d’essayer quelque chose de différent dès le lendemain, une question qu’on continue de (ou qu’on commence à) se poser, une conversation qu’on ose enfin avoir avec un collègue.
Le piège de ce pilier seul. Une conférence qui n’inspire que par l’émotion, sans apprentissage ni structure, produit un pic d’enthousiasme qui retombe vite, faute d’outils concrets pour le nourrir.
Pourquoi les trois ensemble, et pas un seul
Ces trois piliers ne s’additionnent pas, ils se soutiennent.
L’apprentissage sans divertissement ne passe pas la barrière de l’attention.
Le divertissement sans apprentissage ne laisse rien derrière lui.
L’inspiration sans les deux autres retombe comme un soufflé en quelques jours. C’est la combinaison des trois, et non l’excellence sur un seul, qui distingue une bonne conférence d’entreprise d’une intervention simplement correcte.
Une grille utile pour reconnaître une bonne conférence d’entreprise
Ces trois questions permettent de juger une intervention après coup, ou d’évaluer un conférencier avant de le choisir :
Qu’est-ce que la salle a appris qu’elle ne savait pas avant ?
Est-ce que l’attention a tenu du début à la fin, ou y a-t-il eu des moments de décrochage ?
Qu’est-ce que les participants ont eu envie de faire différemment en sortant ?
Si une des trois réponses est vide, quelque chose manque, quel que soit le nom sur l’affiche.
C’est cette grille des trois piliers que Céline de Lamberterie utilise pour construire chacune de ses interventions. La conférence L’Imbattable Attitude en est l’illustration la plus aboutie : elle équilibre un vrai contenu (les quatre dynamiques d’un collectif qui tient), une expérience vivante sur scène, et un déclic qui continue de travailler bien après que la salle s’est vidée.
Au final, une bonne conférence d’entreprise nourrit sur trois plans à la fois : la tête, qui a appris quelque chose de nouveau ; le corps, qui a envie de passer à l’action ; et le cœur, qui a vécu un vrai moment. C’est cette combinaison, rare, qui fait qu’on s’en souvient encore des mois plus tard.


